Les séances de travail sont envisagées comme des moments de recherche pour révéler la palette de possibilités et de richesse contenues dans chaque individu, acteur, performer, artiste. Elles sont marquées par l’attention portée au processus créateur. Elles encouragent à la découverte et à l’expansion de la création originale de chacun.

 

Chaque session est placée sous le signe d’un thème animé par un conflit, qui concerne autant l’individu que la société. Un des enjeux consiste à traduire ces zones de conflit dans des langages agissants. Des textes de nature dramatique, philosophique ou poétique, intéressés notamment à trouver des clés de compréhension globale de l’être humain, servent d’impulsion et de source d’inspiration pour le travail. Ces matériaux sont envisagés comme des lieux où nous attendent, des possibilités d’exprimer des vérités cachées que nous portons en nous et qui brûlent d’être entendues. Le but ultime est d’atteindre une forme d’expression où par l’alchimie de l’acte, le conflit est transformé dans un art, porteur de beauté et de vérité.

 

Contenu

« Il doit être donné à l’acteur, un jour, dans sa vie, de sentir, d’entendre ce qu’il a dans son    cœur, ce qu’est la vie quand il est en présence des autres ».

 

Les workshops sont envisagés comme des temps de rencontre et de création intense. Le travail se déroule sous forme de sessions intensives dédiées à la recherche et à la pratique de l'acteur et ou du performer  aux moyens de la présence, du corps et de la parole. Un des objectifs est de se positionner en tant qu’artiste créateur, autour des notions clés de nécessité, d’acte, de prise de parole, d'authenticité. Le travail vise à explorer sous diverses formes l’art de la présence authentique, de l'action dramatique et performative, de l’acte et de la parole vivante.

 

le travail se base sur une pratique alliant improvisations structurées (inspirée de la méthode russe largement répandue dans les pays de l'Est (tradition héritée de Stanislavski ), du jeu de l'acteur de l’analyse action ou étude) et given tasks (inspirées d'un courant relevant plutôt de l'évolution de l'art scénique et de sa rencontre avec les arts performatifs) visant à développer un langage alliant présence authentique, parole vivante, corps et sur la création d’images visuelles vivantes. Le travail vise notamment à comprendre comment se servir de l’improvisation pour trouver dans le jeu et la présence, un mouvement intérieur authentique. Il vise à apprendre à générer et à diriger l’action, dans le cadre d’un monologue, d’un solo, d’un dialogue et aussi à créer une composition scénique ou performative dans la perspective d’une création d’ensemble où le mouvement appartient autant à l’individualité qu’au collectif.

 

L’analyse action 

« Quand nous disons l’action, qui veut dire aussi le mouvement, nous parlons de l’invisible »

 

Le travail se base notamment sur une variante de la méthode russe d'acteurs appelée étude ou analyse action, transmise par plusieurs générations de metteurs en scène et pédagogues de renom en Russie et en Europe de l’Est (des metteurs en scène tels que Anatoli Vassiliev ou Kristian Lupa notamment ont fondé toute leure pratique autour de cette méthode).

 

« L’objectif de l’étude consiste à libérer l’acteur (du texte et du public), commentait Anatoli Vassiliev à ce sujet, à rendre le théâtre vivant, l’action immédiate (…) Le texte agit de manière paradoxale : il enchaîne le théâtre. Il détourne le théâtre de sa vraie destination : fonctionner comme un moyen de communication immédiate entre les hommes (…).»

 

L’étude est une méthode de répétition fondée sur un principe d’improvisation rigoureuse. L’improvisation y est envisagée comme un outil et une étape permettant de révéler le matériau invisible contenu autant dans un matériau textuel source, que dans la vie intérieure de l’artiste créateur ou performer qui s’en inspire pour sa propre création. Elle permet de révéler le texte du comportement, de la sensation, des émotions. C’est un procédé entièrement dédié au processus interne. Il se base sur la découverte et l’écoute du mouvement intérieur. Il analyse l’action.

 

La vie sur scène, un engagement réel de la personne

L’improvisation dans ce processus conduit l’artiste du plateau à aborder le travail de création comme une partition écrite de sa propre vie, entre expérience personnelle, imagination et aspiration créatrice. Il goûte au mystère de rejoindre un double qui, dans la vie réelle, reste enfoui dans le fantasme, l’impossibilité, la frustration, le désir ou le rêve. Il peut ainsi s’affranchir des contraintes et conquérir sa liberté créatrice, transgresser les limites, s’adonner au vivant.

 

La personnalité créatrice

La personnalité créatrice est une notion clé dans la tradition du théâtre russe et polonais. Elle fait référence au potentiel créateur de chaque individu, évoque le langage caché et poétique que sa nature contient et que le travail vise à révéler. Tous les aspects du travail s'axent autour de cette notion que la pratique cherche à ouvrir et à développer. 

 

« Je veux entrer dans la salle et découvrir une personnalité hors du commun. J’attends de cette personnalité une découverte »

 

«  C’est dans la mesure où infidèle à sa propre loi on ne s’élève pas à la personnalité, que l’on a manqué le sens de la vie[3]. »

 

Protagoniste / Figure

En terme de présence et d’action nous nous baserons autour de la notion de Figure. Figure amoureuse écrivait Barthes dans son Fragments d’un discours amoureux, chacune d’elle éclate et vibre seule, Unruly Protagonist écrivait Augusto Boal prenant Thespis, premier artiste dramaturge, comme modèle,

 

« Thespis était un artiste multi- facettes. Il écrivait des poèmes et, s’intégrant au chœur, chantait et exécutait en harmonie avec lui, les mouvements qu’il avait lui-même conçus. C’était un artiste véritable, il se montrait toujours fidèle à lui-même. Un jour, Solon, le législateur vint voir sa pièce. (…) A la moitié du poème, Thespis se sentit bizarre et se mit à crier « Quelqu’un, retenez-moi  ». Comme personne ne le retint, il se détacha alors du chœur et, délirant comme une bacchante, laissa échapper de sa bouche tout ce qui venait à son esprit. Il parla de la ville et des hommes, de la politique et des lois. Ce qui dans un premier temps avait semblé une blague d’acteur irresponsable, ressembla  progressivement à  un discours structuré. (…) Que se passait-il, que c’était étrange ? Comment un homme, Thespis ou un autre, pouvait-il oser s’écarter d’une structure bien ordonnée, et opposer un ‘Non’ contestataire au ‘Oui’ communément admis ? (…) Après le spectacle Solon alla parler à Thespis. ‘N’as-tu pas honte de mentir ainsi face à tant de gens,qui plus est au milieu d’un chœur si beau, si harmonieux ?’ ‘j’ai dit ce qui me semblait vrai, protesta Thespis,.’ Sans s’en rendre compte Thespis avait créé le Protagoniste, le Proto, le Premier, celui qui s’avance seul, rebelle, révolté, celui qui pense et qui agit pour lui-même – sans imiter personne, en dehors de toute mimesis ou mimétisme. Se révélant à  lui-même et ouvrant à de nouveaux possibles, Thespis avait hurlé à l’inconnu.»

 

Double créateur agissant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1]. C.G Jung, L’âme et la vie

 

[2]. Anatoli Vassiliev, in Sept ou huit leçons de theatre

 

[3]. Carl Jung, Le devenir de la personnalité

 

 

 

PHILOSOPHIE

Perspectives et Fondements 

« Si les acteurs sont prêts à entrer en scène pour y accomplir cet acte, l’acte de connaissance, s’ils ont ce courage et cette faculté, ce théâtre me plaira. Et ce sera la même chose pour le public, parce qu’il va être le témoin d’un processus : la découverte et l’accès à la connaissance d’un groupe d’acteurs[2] ».

 

 

 

 

 

 

 

 

    

LE PROCESSUS CRÉATEUR

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